Secteurs et cas d'usage
Démarche 5S en atelier : ce que Seiso attend du nettoyage des sols

Par François Lecomble
Expert robotique chez Norbot
Publié le
Temps de lecture : 7 minutes

Ce qu’il faut retenir
Seiso ne juge pas la propreté d'un sol à un instant donné, mais la régularité du passage et la trace qu'il laisse.
Les démarches 5S décrochent le plus souvent à Seiketsu, la standardisation, faute de ressource pour tenir la fréquence dans la durée.
Un robot tient la fréquence et produit le relevé horodaté qu'un audit réclame, sur les surfaces ouvertes et planes.
Il ne remplace ni le nettoyage sous machine, ni le dégraissage, ni la remise en état d'un sol déjà dégradé.
Dans un atelier qui déploie une démarche 5S, le sol est le premier révélateur. Il montre en quelques jours si la méthode a pris ou si elle est restée au stade de l'affichage. Tout le monde sait ranger une servante et tracer des emplacements au sol. Beaucoup moins d'ateliers tiennent, six mois plus tard, la fréquence de nettoyage qu'ils s'étaient fixée.
Que demande exactement Seiso, la troisième étape du 5S ?
Seiso demande que le nettoyage devienne une routine attribuée, planifiée et vérifiable, pas une opération de rattrapage. L'Office québécois de la langue française traduit les cinq termes de la méthode par rangement et débarras, ordre et méthode, nettoyage et propreté, standardisation, puis état d'esprit et rigueur. Seiso est le troisième, et il a une particularité : c'est le seul qui se dégrade tout seul si personne ne le tient. Un emplacement tracé reste tracé. Un sol propre cesse de l'être au premier poste suivant.
La question posée par un audit 5S n'est donc pas « ce sol est-il propre aujourd'hui », mais « à quelle fréquence est-il nettoyé, par qui, et comment le savez-vous ».
Pourquoi les démarches 5S décrochent-elles à la quatrième étape ?
Parce que Seiketsu, la standardisation, demande de tenir dans la durée ce qui a été obtenu dans l'élan du lancement. Les trois premières étapes sont des chantiers, avec une date de début et une date de fin. La quatrième est une charge permanente, et elle tombe sur des équipes qui ont déjà une production à sortir.
Le nettoyage des sols est la ligne qui saute en premier. Elle est reportée au vendredi, puis au vendredi suivant, puis au prochain arrêt technique. Personne ne décide de l'abandonner, elle se dissout.
Qui fait le nettoyage des sols en atelier, et à quel prix d'organisation ?
Trois solutions coexistent dans l'industrie, et aucune n'est bonne sur tous les critères. Voici ce qui les sépare réellement.
La régularité
Équipe interne. Dépend de la charge de production. C'est la première tâche sacrifiée quand la ligne prend du retard.
Prestataire extérieur. Régulière par contrat, mais calée sur des créneaux négociés à l'avance, rarement modifiables à la semaine.
Robot. Identique chaque jour, y compris le week-end et pendant les arrêts, sans arbitrage avec la production.
La traçabilité
Équipe interne. Déclarative, sur feuille ou sur tableau, remplie après coup.
Prestataire extérieur. Bon de passage, qui atteste de la venue, pas des surfaces réellement traitées.
Robot. Relevé horodaté par cycle, avec les surfaces couvertes et les zones non traitées.
Le coût d'une fréquence élevée
Équipe interne. Croît avec la fréquence, et entre en concurrence directe avec le temps de production.
Prestataire extérieur. Croît avec la fréquence, ligne par ligne, et se renégocie.
Robot. Indépendant de la fréquence : trois passages par jour coûtent le même loyer qu'un seul.
La disponibilité du sol
Équipe interne. Travaille quand l'atelier est libre, donc souvent en heures décalées.
Prestataire extérieur. Même contrainte, avec en plus la gestion des accès hors horaires.
Robot. Travaille sur les créneaux où la zone est libre, y compris la nuit, sans présence.
La remise en état
Équipe interne. Capable de décaper, de dégraisser et d'intervenir sous machine.
Prestataire extérieur. Même capacité, avec le matériel spécialisé.
Robot. Ne sait pas le faire. Il entretient un sol, il ne le rattrape pas.
La lecture de ce tableau est assez nette : le robot gagne sur la régularité et la traçabilité, c'est à dire sur les deux points précis que Seiso et Seiketsu réclament. Il perd sur la remise en état, qui n'est pas du ressort du 5S mais de la maintenance du bâtiment.
Qu'est-ce qu'un robot change concrètement lors d'un audit 5S ?
Il transforme une affirmation en relevé. Lors d'un audit, la question « à quelle fréquence nettoyez-vous cette zone » appelle habituellement une réponse de principe, appuyée sur un planning affiché. Avec un robot, elle appelle un historique : les cycles exécutés, les surfaces traitées, les passages interrompus et leur motif.
C'est aussi ce qui permet de distinguer une zone réellement couverte d'une zone qui figure au planning sans jamais être atteinte, parce qu'une palette y stationne en permanence. Le relevé montre l'écart, le planning le masque.
Quels sols d'atelier un robot accepte-t-il ?
Le béton brut, le béton lissé, l'époxy, la résine, le carrelage et le PVC font partie des revêtements validés, et ce sont ceux qu'on trouve dans la quasi totalité des ateliers français. Ce qui se vérifie sur place, ce n'est pas la nature du sol mais sa géométrie : les joints de dilatation, les caniveaux, les seuils et les pentes, qui sont gérées jusqu'à 8 %.
C'est l'objet de l'audit de site, et c'est souvent lui qui écarte un modèle au profit d'un autre. Deux machines au rendement identique ne franchissent pas les mêmes seuils ni les mêmes largeurs de passage.
Comment traiter les zones où le robot ne doit pas aller ?
Elles sont déclarées en zones d'exclusion au moment de la cartographie, et le robot ne les franchit plus. En atelier, cela couvre le pied des machines en fonctionnement, les zones de stockage de produits chimiques, les aires de travail au sol et les zones classées à atmosphère explosive, identifiées à partir de votre plan de classement.
Ce découpage est aussi ce qui rend la démarche honnête : le périmètre confié au robot est écrit, et ce qui reste manuel l'est également. Un 5S qui prétend tout automatiser se heurte au premier contrôle.
Le robot peut-il passer pendant la production ?
Oui, et c'est le cas le plus fréquent en atelier. La machine circule à vitesse réduite, détecte les personnes, ralentit et les contourne, conformément à la norme ISO 13482 sur la sécurité des robots de service. Le point à traiter n'est pas la présence des opérateurs mais celle des chariots élévateurs : les allées qu'ils empruntent font l'objet d'un découpage spécifique, avec des créneaux définis, ou une exclusion pure et simple.
Pour les zones où circulent des véhicules, les quais et les allées de stockage, la réponse n'est pas une autolaveuse mais une balayeuse autonome dotée d'un indice de protection adapté et d'un gyrophare. Les deux familles de machines ne tiennent pas les mêmes revêtements.
Quel rapport entre la propreté des sols et la sécurité ?
Un rapport direct, et c'est l'argument qui fait souvent basculer un comité de direction plus vite que la productivité. L'INRS recense plus de 100 000 chutes de plain-pied par an et les classe comme deuxième cause d'accident du travail avec au moins quatre jours d'arrêt. L'état du sol figure parmi les facteurs analysés dans sa démarche de prévention.
Un sol nettoyé tous les jours au lieu d'une fois par semaine ne supprime pas ce risque. Il retire une de ses causes, celle que la fréquence seule permet d'écarter.
Quand un robot n'est pas la bonne réponse
Dans trois situations au moins, il vaut mieux ne pas se lancer.
Le sol est dégradé. Un revêtement épaufré, fissuré ou dont la résine se décolle doit être repris avant toute automatisation. Le robot ne rattrape pas un sol, il l'entretient.
Les surfaces ouvertes sont marginales. Si l'essentiel de l'encrassement se trouve sous les machines et dans les fosses, l'automatisation du sol libre ne change pas grand chose au problème réel.
Le 5S n'a pas encore passé les deux premières étapes. Un robot ne range pas un atelier. Il circule dans un atelier rangé. Le déployer avant Seiri et Seiton revient à automatiser le contournement d'obstacles qui n'ont rien à faire là.
Ce qu'il faut retenir pour un responsable de production
Seiso et Seiketsu ne demandent pas un effort ponctuel mais une régularité, et c'est précisément ce qu'une organisation humaine tient mal sur des mois. Le robot n'apporte pas une propreté supérieure, il apporte une fréquence constante et un relevé opposable. Pour une démarche 5S, c'est la différence entre une procédure affichée et une procédure démontrable.
Si vous travaillez dans un environnement industriel, l'étape utile est une démonstration sur vos propres sols, à vos horaires, avant tout engagement. Elle dit en une journée ce qu'aucune fiche technique ne dira. La maintenance et la mise en service sont comprises dans le loyer, seuls les consommables restent à votre charge.
Questions fréquentes
Quels sols sont compatibles ?
Carrelage, béton, béton lissé, époxy, résine, vinyle, PVC, pierre naturelle : les sols durs en général. La moquette et les tapis ne sont traités que par les modèles équipés d'une aspiration dédiée, comme le Pudu MT1 Vac. Sont à écarter : les sols très irréguliers, les caillebotis et grilles, les surfaces meubles ou gravillonnées et les revêtements abîmés ou décollés. Nous validons la compatibilité pendant l'audit, sur vos sols, avant tout engagement.
Le robot peut-il travailler en présence de public ?
Oui pour les modèles de service et une grande partie des modèles de nettoyage : détection des personnes, ralentissement, contournement, arrêt. Les grands modèles industriels, eux, sont prévus pour des créneaux sans public. La cohabitation se décide site par site : nous définissons avec vous les zones, les vitesses et les plages horaires, et nous vous remettons la documentation technique et les déclarations de conformité du constructeur. L'intégration du robot à votre évaluation des risques relève de vous, en tant qu'exploitant du site.
Peut-on suivre ce que le robot a réellement fait ?
Oui : surfaces traitées, durée, taux de complétion et incidents sont remontés à chaque mission. C'est ce qui permet de justifier une prestation auprès d'un client ou d'une direction, chiffres en main. L'accès à l'interface de supervision et le périmètre des rapports sont précisés dans votre contrat ; nous vous en faisons la démonstration pendant l'audit, sur un compte réel.
Quel niveau sonore ? Le travail de nuit est-il possible ?
Le travail de nuit est le principal intérêt de la robotisation : les surfaces sont libres et personne n'est gêné. Les robots de nettoyage de la gamme sont conçus pour cet usage. Le Pudu CC1 Pro, par exemple, reste sous 70 dB(A), nettement en dessous d'une autolaveuse autoportée. Le niveau exact dépend du modèle et du mode de travail : il figure sur chaque fiche produit.
Glossaire robotique
Secteurs

François Lecomble
Expert robotique chez Norbot
Commercial chez Delcourt depuis plusieurs années, François Lecomble vend des machines de nettoyage professionnelles au quotidien. Il conseille les projets de robotisation Norbot, de la qualification du besoin au choix du modèle.
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