
Par François Lecomble
Expert robotique chez Norbot
Publié le
Temps de lecture : 4 minutes

Ce qu’il faut retenir
Un cobot a un socle, un robot mobile a des roues : c'est la première ligne de partage.
« Collaboratif » qualifie l'application, pas la machine.
Deux référentiels distincts : ISO 10218 pour les bras, ISO 3691-4 pour les chariots sans conducteur.
Le mot est devenu un fourre tout. En réunion, « cobot » désigne tour à tour un bras articulé, un chariot autonome, parfois même un robot de nettoyage. Ces trois machines ne font pas le même travail, ne vivent pas au même endroit et ne relèvent pas du même référentiel de sécurité. Confondre les trois dans un projet coûte du temps, et dans un cahier des charges, cela coûte des offres incomparables.
Qu'est-ce qu'un cobot, exactement ?
Un bras robotisé conçu pour travailler dans le même espace qu'un opérateur, sans la cage grillagée qui entoure un robot industriel classique. Il est fixé à un poste, il manipule, il visse, il palettise, il contrôle. Il ne se déplace pas dans le bâtiment.
C'est la première ligne de partage, et la plus simple : un cobot a un socle, un robot mobile a des roues. Tout le reste découle de là.
Pourquoi « collaboratif » ne qualifie pas la machine ?
Parce que la collaboration est une propriété de l'application, pas du matériel. Un même bras peut fonctionner derrière une barrière immatérielle, sans aucun contact possible, ou partager l'espace de travail avec un opérateur en limitant sa vitesse et sa force. Dans le premier cas l'application n'est pas collaborative, dans le second elle l'est, et c'est pourtant le même robot.
La conséquence pratique est utile à retenir : acheter un cobot ne rend pas un poste collaboratif. C'est l'analyse de risques du poste, et les mesures qui en découlent, qui déterminent ce que la machine a le droit de faire à côté d'un humain.
Quelle norme encadre un cobot ?
ISO 10218, dans sa révision annoncée en février 2025 après environ huit ans de travaux. Selon la présentation qu'en fait The Robot Report, la partie 1 porte sur la conception et la fabrication des robots industriels, la partie 2 sur l'intégration système, les cellules robotisées et l'évaluation des risques.
Point important pour ceux qui ont une ancienne documentation : la spécification technique ISO/TS 15066, jusque là séparée et dédiée aux robots collaboratifs, n'existe plus comme document autonome. Son contenu est intégré à ISO 10218-1 sous forme d'exigences applicables aux applications collaboratives. La révision ajoute aussi des exigences de cybersécurité et de nouvelles classes de robots.
Si votre dossier cite encore ISO/TS 15066 comme référence principale, il cite un document qui a changé de statut.
Et les robots mobiles, alors ?
Ils relèvent d'un autre texte, ISO 3691-4, consacré aux chariots sans conducteur et à leurs systèmes. Ce n'est pas une nuance de documentaliste : les deux référentiels traitent des risques différents, le contact avec un bras d'un côté, la circulation partagée de l'autre.
Le détail de ce que cette norme impose, y compris au site et pas seulement à la machine, est traité dans l'article qui lui est consacré.
Les trois familles, critère par critère
Ce qu'elles déplacent
Cobot : une pièce, un outil, un carton, dans un rayon d'action fixe.
AGV : une charge, sur un trajet matérialisé au sol.
AMR : une charge, sur un itinéraire qu'il calcule lui même.
Où elles vivent
Cobot : un poste de travail, souvent en production.
AGV : un circuit, défini une fois et peu modifiable.
AMR : un bâtiment entier, avec des zones et des exclusions paramétrables.
Leur référentiel de sécurité
Cobot : ISO 10218, parties 1 et 2.
AGV et AMR : ISO 3691-4.
Ce qu'elles demandent au site
Cobot : une analyse de risques du poste et un aménagement local.
AGV : une infrastructure au sol, bande, fil ou repères.
AMR : une cartographie, un zonage et des largeurs de passage vérifiées.
Qui porte la responsabilité de l'intégration ?
L'exploitant, pour tout ce qui touche à son installation, et c'est vrai des trois familles. C'est le sens de la partie 2 d'ISO 10218, qui porte sur l'intégration système, les cellules robotisées et l'évaluation des risques, là où la partie 1 encadre la conception de la machine.
On retrouve exactement la même logique du côté des robots mobiles, où la norme couvre le chariot et son système, donc la préparation des zones de travail et le zonage propre à chaque site. Dans les deux cas, une machine déclarée conforme ne rend pas votre atelier conforme.
C'est la phrase à garder en tête devant une documentation fournisseur : la conformité du matériel est un point de départ, pas une conclusion.
Pourquoi la confusion coûte cher dans un cahier des charges ?
Parce qu'elle produit des offres qui ne se comparent pas. Un acheteur qui écrit « cobot de manutention » reçoit des propositions de bras fixes, de chariots autonomes et d'intégrateurs qui ont deviné le besoin, chacune avec un référentiel différent et des coûts d'installation sans rapport.
La façon de s'en sortir est toujours la même : décrire le flux et non la machine. Qu'est-ce qui se déplace, d'où vers où, combien de fois par jour, en présence de qui. Les familles se déduisent ensuite d'elles mêmes. C'est la méthode détaillée dans l'article sur le volet robotique d'un cahier des charges.
Un cobot peut-il faire du nettoyage ou déplacer des palettes ?
Non, et c'est net dans les deux cas. Nettoyer une surface suppose de la parcourir, déplacer une palette suppose d'aller la chercher : deux fonctions de déplacement, que la machine fixe ne possède pas.
Ce que fait un bras, en revanche, c'est alimenter une ligne, charger et décharger un poste, préparer une palette à l'endroit où elle se forme. Un robot de manutention autonome prend ensuite le relais pour l'emmener ailleurs. Les deux familles se complètent, elles ne se remplacent pas.
Norbot n'intègre pas de cobots. Notre périmètre commence là où la machine se déplace. Nous le disons parce qu'un projet mal orienté coûte plus cher qu'un projet renvoyé vers le bon spécialiste.
Quand aucune des trois n'est la bonne réponse
Quand le flux est trop variable pour être décrit : ni un circuit, ni un poste, ni une zone stable.
Quand le volume ne justifie pas l'investissement, quel que soit le type de machine.
Quand le besoin réel est un problème d'organisation, de stockage ou d'implantation, qu'aucune automatisation ne résoudra.
Quand le bâtiment interdit physiquement la circulation : largeurs, seuils, pentes au delà des limites.
Comment on tranche, concrètement
En partant du flux, pas du catalogue. Un relevé sur site mesure les largeurs de passage, les seuils, les distances parcourues, les charges réelles et les créneaux disponibles, puis dit si le besoin relève du déplacement ou de la manipulation.
Si c'est de la manipulation à poste fixe, nous le disons et le projet sort de notre périmètre. Si c'est du déplacement, la question devient le choix entre un AGV et un AMR, traitée dans un article dédié.
Questions fréquentes
Quelle différence entre robot de nettoyage, de service, industriel et humanoïde ?
Le nettoyage couvre le balayage, le lavage, l’aspiration et le récurage des sols. Le service transporte et livre en salle ou en couloir. L’industriel déplace charges et palettes en entrepôt. L’humanoïde adresse l’accueil et des tâches de manipulation. Le détail modèle par modèle est sur la page Nos robots.
Comment savoir si un robot est adapté à mes locaux ?
Par un audit sur site. Nous relevons les surfaces, les types de sol, les largeurs de passage, les obstacles fixes, les créneaux disponibles et la présence de public. Ce relevé détermine le modèle pertinent, et s’il n’y en a pas, nous vous le disons. Un audit de site précède toute installation.
Le robot peut-il travailler en présence de public ?
Oui pour les modèles de service et une grande partie des modèles de nettoyage : détection des personnes, ralentissement, contournement, arrêt. Les grands modèles industriels, eux, sont prévus pour des créneaux sans public. La cohabitation se décide site par site : nous définissons avec vous les zones, les vitesses et les plages horaires, et nous vous remettons la documentation technique et les déclarations de conformité du constructeur. L'intégration du robot à votre évaluation des risques relève de vous, en tant qu'exploitant du site.
Que se passe-t-il si nous réaménageons les locaux ?
Les obstacles mobiles sont gérés en temps réel par les capteurs, sans rien changer : une palette, un chariot ou un présentoir déplacé ne perturbent pas la mission. Un réaménagement durable (nouvelle implantation, cloisonnement, changement de revêtement) demande en revanche une mise à jour de la carte. Prévenez-nous : nous la reprenons avec vous et nous vous indiquons ce qui relève de votre contrat de maintenance.
Glossaire robotique
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François Lecomble
Expert robotique chez Norbot
Commercial chez Delcourt depuis plusieurs années, François Lecomble vend des machines de nettoyage professionnelles au quotidien. Il conseille les projets de robotisation Norbot, de la qualification du besoin au choix du modèle.
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