Guides d'achat
ISO 3691-4 : ce que la norme exige de votre site, pas seulement du robot

Par François Lecomble
Expert robotique chez Norbot
Publié le
Temps de lecture : 4 minutes

Ce qu’il faut retenir
La norme couvre les AGV, les robots mobiles autonomes et leurs systèmes de commande et de guidage.
La version 2023 a ajouté des exigences sur la préparation des zones de travail.
Le zonage est propre à chaque installation, donc il se décide sur votre site, pas en usine.
« Notre robot est conforme ISO 3691-4. » La phrase rassure, et elle ne suffit pas. La norme encadre le chariot sans conducteur, mais elle encadre aussi son système, c'est à dire l'installation dans laquelle il circule. Un robot conforme posé dans un entrepôt mal préparé ne rend pas cet entrepôt conforme.
Ce que la norme couvre, et ce qu'elle ne couvre pas
Son titre officiel est Industrial trucks, Safety requirements and verification, Part 4: Driverless industrial trucks and their systems. Elle définit les exigences de sécurité applicables aux chariots sans conducteur et les moyens de les vérifier.
Entrent dans son champ les véhicules à guidage automatique, les robots mobiles autonomes et les systèmes équivalents, avec leur système de commande, leur guidage et leur alimentation électrique.
En sortent les chariots guidés uniquement par des moyens mécaniques, les chariots télécommandés, les remorques tractées et les chariots élévateurs à opérateur porté. En sortent également les risques liés au bruit, aux vibrations, aux rayonnements, à la circulation sur voie publique et aux atmosphères explosives, qui relèvent d'autres référentiels.
Première conséquence pratique : si votre projet porte sur un engin télécommandé ou sur un chariot à conducteur porté, cette norme n'est pas celle qu'il faut citer dans votre dossier.
Ce qui a changé en 2023
La deuxième édition a été publiée en juin 2023 et remplace celle de 2020. Selon la note technique d'Evolis du 16 mai 2024, la version française NF EN ISO 3691-4:2023 a été publiée le 2 août 2023 et est citée comme norme harmonisée depuis le 15 mai 2024.
La révision ajoute des exigences qui portent notamment sur les mesures de réduction des risques et leur vérification, les informations d'utilisation à fournir, la préparation des zones de travail, la liste des phénomènes dangereux significatifs et la détermination de la capacité nominale. Elle prend aussi en compte la technologie de pare chocs virtuel, les chariots en mode hybride et des mesures de protection par zone selon le zonage propre à chaque installation.
Deuxième conséquence pratique : une fiche technique qui cite la version 2020 cite un texte remplacé. Ce n'est pas un détail dans un dossier de marché.
Pourquoi « robot conforme » ne veut pas dire « site conforme »
Le titre de la norme parle de chariots sans conducteur et de leurs systèmes. Ces trois mots changent tout. Le fabricant conçoit et vérifie la machine. L'installation, elle, est unique : vos allées, vos croisements, vos quais, vos horaires, vos flux piétons.
La révision 2023 l'acte en introduisant des exigences sur la préparation des zones de travail et des mesures de protection par zone, définies selon le zonage de chaque installation. Autrement dit, une partie du travail de conformité ne peut pas être faite ailleurs que chez vous.
C'est aussi pour cela que l'acceptation d'un robot ne se joue pas sur une fiche technique. Elle se joue sur un relevé de site.
La préparation des zones de travail
C'est le point le plus souvent sous estimé dans les dossiers que nous instruisons. Préparer une zone, ce n'est pas tracer deux lignes jaunes. C'est répondre à des questions concrètes.
Par où le robot passe, et avec quels dégagements de part et d'autre.
Où il croise des piétons, des transpalettes manuels, des chariots conduits.
Ce qui se trouve en hauteur et en bas : charges débordantes, palettes mal rangées, câbles, obstacles suspendus.
Ce qui change selon l'heure : un quai libre à 9 heures peut être saturé à 16 heures.
Ce qui doit être interdit au robot, et comment cette interdiction est matérialisée.
Le zonage, propre à chaque installation
La norme prévoit des mesures de protection par zone, et ces zones dépendent de l'installation. Deux entrepôts qui exploitent le même modèle de robot n'auront pas le même zonage, parce qu'ils n'ont pas les mêmes croisements ni les mêmes flux.
Concrètement, le zonage se traduit dans le paramétrage : vitesse autorisée par secteur, zones d'exclusion, comportement du robot à l'approche d'un croisement, règles aux portes et aux sas. C'est le travail fait pendant le déploiement, à partir de la cartographie du site.
Un robot bien choisi mais mal zoné reste un robot qui circule trop vite au mauvais endroit.
Les six points à vérifier avant de signer
La version citée. 2023 et non 2020.
Le périmètre de la déclaration. Elle porte sur la machine, pas sur votre installation.
Les informations d'utilisation. La norme en fait une exigence : exigez le document, pas une promesse.
La capacité nominale. Elle est déterminée selon la norme, et elle doit correspondre à vos charges réelles, pas à un maximum théorique.
Le mode hybride. Si le chariot peut aussi être conduit, les deux modes sont concernés.
Qui réalise le zonage, et à quel moment du projet.
Ce que l'audit de site relève
Un technicien mesure les largeurs de passage allée par allée, vérifie les hauteurs de seuil, relève les dégagements aux croisements, identifie les zones à exclure et note les créneaux horaires réellement disponibles.
Certaines mesures sont éliminatoires. Si le robot ne passe pas dans l'allée avec les dégagements nécessaires, aucune performance de transport ne compensera. Mieux vaut le savoir avant la commande.
Le relevé sert ensuite de base au zonage, puis au paramétrage. C'est le même document qui alimente le dialogue avec vos équipes sécurité, qui poseront les mêmes questions.
Quand ce n'est pas le bon référentiel
Tous les robots mobiles ne relèvent pas d'ISO 3691-4. Un robot de nettoyage de sol ou un robot de service ne transporte pas de charge au sens de la manutention, et sa conception répond à d'autres exigences. Citer cette norme pour un robot laveur de sol dans un cahier des charges crée de la confusion plutôt que de la rigueur.
De la même manière, un engin télécommandé ou un chariot à conducteur porté sort du champ, même s'il est équipé d'aides électroniques.
Ce que ça change dans un dossier d'achat
La norme est un référentiel de sécurité, pas un argument commercial. Dans un dossier, elle sert à trois choses : vérifier que la machine a été conçue et vérifiée selon un cadre reconnu, identifier ce qui reste à la charge du site, et donner aux équipes sécurité un langage commun avec le fournisseur.
La différence entre AGV et robot mobile autonome, qui change la façon dont le zonage se décide, est traitée dans un article dédié : AMR ou AGV, quelle différence pour automatiser un entrepôt. Les modèles concernés sont présentés sur la page robot de manutention.
Questions fréquentes
Comment savoir si un robot est adapté à mes locaux ?
Par un audit sur site. Nous relevons les surfaces, les types de sol, les largeurs de passage, les obstacles fixes, les créneaux disponibles et la présence de public. Ce relevé détermine le modèle pertinent, et s’il n’y en a pas, nous vous le disons. Un audit de site précède toute installation.
Le robot peut-il travailler en présence de public ?
Oui pour les modèles de service et une grande partie des modèles de nettoyage : détection des personnes, ralentissement, contournement, arrêt. Les grands modèles industriels, eux, sont prévus pour des créneaux sans public. La cohabitation se décide site par site : nous définissons avec vous les zones, les vitesses et les plages horaires, et nous vous remettons la documentation technique et les déclarations de conformité du constructeur. L'intégration du robot à votre évaluation des risques relève de vous, en tant qu'exploitant du site.
Comment évite-t-il les obstacles ?
Par une combinaison de lidar, de caméras et de capteurs de proximité, avec arrêt d’urgence. Il contourne un obstacle imprévu et s’immobilise en le signalant s’il ne trouve aucun passage.
Faut-il modifier nos locaux ?
Peu, en général : une prise pour la station de charge, et un point d’eau à proximité pour les robots laveurs. Ascenseurs, portes automatiques et sas peuvent demander une interface selon le modèle et votre installation existante. C’est vérifié pendant l’audit, pas découvert le jour de la livraison.
Glossaire robotique
Secteurs

François Lecomble
Expert robotique chez Norbot
Commercial chez Delcourt depuis plusieurs années, François Lecomble vend des machines de nettoyage professionnelles au quotidien. Il conseille les projets de robotisation Norbot, de la qualification du besoin au choix du modèle.
Autres articles

Guides d'achat
Appel d'offres nettoyage : écrire le volet robotique du cahier des charges
Un marché de nettoyage qui intègre des robots ne se rédige pas comme un marché classique. Dans le public, une erreur de rédaction très courante suffit à fausser la consultation : nommer une machine. Ce qui se met dans le cahier des charges, et ce qui n'a rien à y faire.
·
4
min

Guides d'achat
Combien de temps faut-il pour nettoyer 1 000 m² ? La méthode de calcul
La question tombe dans toutes les consultations, et la réponse attendue est un ratio. Ce ratio n'existe pas, ou plutôt il n'existe que pour votre bâtiment. La formule qui marche, les cinq variables qui la font bouger, et comment mesurer la vôtre.
·
4
min

Secteurs et cas d'usage
Bionettoyage hospitalier : ce qu'un robot prend en charge, et ce qu'il ne prend pas
La question revient à chaque visite d'établissement : un robot peut-il faire le bionettoyage ? Il prend en charge une partie du travail, précisément identifiable, et il n'en touche pas une autre, tout aussi identifiable. Voici où passe la frontière.
·
4
min